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The Knowledge Project Podcast Transcripts

Pierre Poilievre: What I Want to Build (and Break) to Fix Canada [The Knowledge Project Ep. #223] (Française)

Cette transcription a été générée à l’aide de l’intelligence artificielle et est fournie uniquement à titre de référence générale et de commodité.

Bien que des efforts aient été faits pour en assurer une précision raisonnable, elle peut contenir des erreurs ou des omissions. Pour obtenir un compte rendu parfaitement exact, veuillez vous référer à l’enregistrement vidéo officiel.

Aucun élément de ce balado ne doit être interprété comme un conseil juridique, financier ou politique. Les créateurs déclinent toute responsabilité quant aux erreurs, interprétations ou conséquences résultant de ce contenu.

© Farnam Street Media Inc. Tous droits réservés.

Ceci est un épisode bonus spécial de The Knowledge Project, mettant en vedette Pierre Poilievre, chef du Parti conservateur du Canada et chef de l’opposition officielle.

J’ai toujours évité la politique sur cette plateforme. Mais dernièrement, je me suis senti frustré — non pas en tant que partisan, mais en tant que citoyen.

Les conversations politiques dans le monde entier sont devenues de simples slogans agressifs et des moments « piégés ».

Nous avons perdu la capacité d’explorer des enjeux complexes avec nuance et bonne foi. Ce n’est pas seulement un problème canadien — cela se produit partout. Alors, j’ai décidé d’agir, même si ce n’est qu’un petit pas.

Dans cet esprit, j’ai invité les deux principaux candidats aux élections canadiennes à participer à l’émission. Ils ont tous deux accepté, mais un seul a enregistré pour l’instant.

Que vous suiviez la politique nord-américaine de près ou que vous ne lisiez que les grands titres, notre conversation aborde des enjeux qui touchent votre vie quotidienne. Nous parlons de la hausse des prix, de l’impact des tarifs douaniers sur votre portefeuille, des effets réels des politiques d’immigration, de l’état du système de santé, et même de la façon dont l’IA est en train de transformer la société. Ce ne sont pas de simples discours politiques — ce sont les forces qui façonnent notre avenir.

Je tiens à préciser que les questions n’ont pas été fournies à l’avance et qu’aucun contrôle éditorial n’a été accordé à l’équipe du candidat. De plus, le montage de cet épisode est extrêmement minimal et ne modifie rien de substantiel.

Nous reprendrons notre programmation habituelle mardi avec un épisode incroyable sur l’IA en compagnie de Bret Taylor, président d’OpenAI et fondateur de Sierra.

Il est temps d’écouter et d’apprendre.

Shane Parrish : Pierre, bienvenue dans l’émission.

Pierre Poilievre : C’est un plaisir d’être ici. Merci de m’avoir invité.

Shane Parrish : De nombreux Canadiens vous connaissent par les grands titres qui vous comparent souvent à Trump ou qui se concentrent sur les conflits. Mais vos amis et votre famille vous décrivent comme un mari et un père attentionné, ainsi qu’une personne profondément engagée à servir le Canada. Que voulez-vous que les électeurs sachent sur vous, au-delà des grands titres ?

Pierre Poilievre : C’est une bonne question. Vous savez, être chef de l’opposition implique, par définition, de beaucoup se battre. À la Chambre des communes, on est littéralement à deux longueurs d’épée, et le système est conçu pour être adversarial, afin de tenir le gouvernement responsable. Mais je pense qu’il est important que les gens sachent pourquoi je me bats. Ce que je veux vraiment, c’est donner à chacun la même chance que celle que j’ai eue.

Je viens d’un milieu très modeste. J’ai été adopté par un couple d’enseignants à Calgary. Et pourtant, j’ai pu arriver ici. L’histoire est la même pour ma femme. Elle est arrivée ici en tant que réfugiée du Venezuela, et elle a pu bâtir une belle vie, tout comme sa famille. Nous croyons en cela. Nous croyons que ce pays est un endroit où on peut partir de n’importe où et aller n’importe où. C’est ce qui me motive vraiment. C’est la raison pour laquelle je suis en politique. C’est mon « pourquoi ».

S’il y a une chose que je veux que les gens sachent à mon sujet, alors qu’ils réfléchissent à leur décision, c’est pourquoi je fais cela. Vous pouvez toujours débattre des politiques précises pour y arriver, mais c’est cela qui me pousse à me lever le matin et à faire ce travail.

Shane Parrish : Pensez-vous que la comparaison avec Trump soit juste ?

Pierre Poilievre : Non, je ne pense pas. Nous n’avons rien en commun, en réalité. Il vient d’un milieu extrêmement privilégié. Il est né dans une famille de millionnaires très riche. Moi, je viens d’un milieu très modeste. Il y a de nombreuses politiques qu’il défend avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Et je pense que j’ai une vision fondamentalement canadienne — dans ma façon de penser et dans mes objectifs. Je ne vois vraiment pas de comparaison. Je suis Canadien. Je suis Pierre Poilievre. Je ne suis personne d’autre. Je suis simplement moi.

Shane Parrish : Vous avez mentionné que vous êtes chef de l’opposition, un rôle par nature conflictuel. Mais en tant que leader du pays, il faut unir tout le monde. Comment envisagez-vous de le faire ?

Pierre Poilievre : C’est un énorme défi. Je crois qu’en ce moment, les Canadiens sont plus divisés que jamais, et je pense que c’est en partie voulu.

Le gouvernement actuel cherche à diviser les gens pour rester au pouvoir, et je pense que c’est une mauvaise stratégie. Nous devons rassembler les gens autour de ce que j’appelle la promesse canadienne : faire en sorte que chacun ait le sentiment de pouvoir accomplir quelque chose dans ce pays, en travaillant dur et en faisant partie de la communauté. C’est ce qui manque aujourd’hui.

Je crois aussi qu’il faut abandonner la politique identitaire, qui divise les gens selon leurs origines et les classe dans des catégories. Si nous avons évité les grands conflits sectaires au Canada, c’est parce que nous jugeons les individus selon leur caractère et leur comportement, pas selon leur genre, leur race ou leur religion — ce qui est pourtant de plus en plus encouragé par la gauche progressiste moderne.

Je pense que l’approche opposée est meilleure : traiter chacun comme un individu et lui donner une chance. Nous devons mettre fin aux divisions entre les groupes, et dire : vous êtes Canadiens avant tout. Si vous venez au Canada, bien sûr, apportez votre culture, votre langue, votre nourriture, vos traditions — mais les conflits d’ailleurs doivent rester ailleurs. Ici, on laisse ça derrière et on s’unit sous notre drapeau.

Shane Parrish : Quand j’étais jeune, on appelait ça l’assimilation.

Pierre Poilievre : Exactement.

Shane Parrish : Donc, accueillir les gens, mais aussi les intégrer à notre culture. Avons-nous oublié cela ?

Pierre Poilievre : Je pense que le gouvernement a encouragé les gens à se séparer en différents camps, et cela s’est propagé dans nos rues avec des manifestations horribles visant des lieux de culte juifs, des écoles, des entreprises. Et je pense que c’est une erreur. On a toujours accueilli des immigrants du Moyen-Orient, mais cela n’a jamais mené à de la violence ou à des attaques contre des lieux religieux. Ils débattaient peut-être à l’université, mais ça n’allait jamais plus loin.

Aujourd’hui, on insiste pour diviser les gens selon leurs origines, et cela engendre naturellement de l’hostilité et même de la violence entre groupes. Il faut y mettre fin. Chacun peut garder ses traditions culturelles, c’est très bien, mais à la fin de la journée, on est Canadiens avant tout, peu importe où sont nés nos grands-parents. Et chaque personne doit être jugée selon sa conduite, pas selon son origine.

Shane Parrish : Est-ce que devenir parent a changé votre vision de l’avenir du Canada ?

Pierre Poilievre : Oui, absolument. Nous avons deux merveilleux enfants. Cruz, qui a trois ans, est curieux, ambitieux. Il adore troquer des objets — je pense qu’il sera commerçant ou courtier en marchandises ! Il aime négocier : si vous avez quelque chose qu’il veut, il vous apportera autre chose en échange.

Et Valentina, notre fille, a des besoins particuliers. Elle a six ans, elle ne parle pas encore, et elle a du mal à communiquer. Mais on a appris à capter ses signaux, et à célébrer son authenticité. Elle est totalement vraie. Pas de faux-semblants. Ce qu’elle ressent, elle l’exprime. Et quand elle montre son affection, c’est d’une puissance incroyable.

Mais je pense aussi à son avenir. Que fera-t-elle quand elle sera adulte ? Comment paiera-t-elle ses factures ? Et quand elle aura 60 ans, je ne serai probablement plus là — j’étais déjà un père tardif, j’avais 39 ans quand elle est née. Alors on se demande comment lui construire un avenir stable.

Et je pense à toutes les familles moins chanceuses que la nôtre, qui ont un enfant avec un handicap. Comment font-elles pour s’en sortir ? Cela m’a donné beaucoup plus d’empathie pour les luttes que vivent les familles au quotidien.

Shane Parrish : On a tous des défis dans nos vies, mais on ne voit que les nôtres.

Pierre Poilievre : Exactement. Et quand on a des enfants, surtout avec des besoins particuliers, ça aide à comprendre les combats des autres.

Shane Parrish : Je suis parent célibataire, et certains soirs, je me dis : je ne sais même pas comment j’ai survécu à aujourd’hui.

Pierre Poilievre : (rires)

Shane Parrish : Et je regarde d’autres personnes et je me demande : comment font-elles ?

Pierre Poilievre : Combien d’enfants avez-vous ?

Shane Parrish : Deux. Quinze et quatorze ans.

Pierre Poilievre : D’accord. Ils vont à l’école près de chez vous ?

Shane Parrish : Oui.

Pierre Poilievre : Donc pas trop de trajets à faire. Ils font du sport ?

Shane Parrish : C’est justement pour cela qu’on a déménagé ici, pour réduire les déplacements.

Pierre Poilievre : Très bien.

Shane Parrish : Ils peuvent aller à l’école à pied.

Pierre Poilievre : Et les activités parascolaires ?

Shane Parrish : Ils en ont pas mal avec l’école. Donc, entre ça et les devoirs, ils sont crevés. Ils ont environ 90 minutes de devoirs par soir.

Pierre Poilievre : C’est beaucoup.

Shane Parrish : Oui, un peu trop.

Pierre Poilievre : Mais ils les font.

Shane Parrish : La plupart du temps, oui.

Pierre Poilievre : C’est ce qui compte.

Shane Parrish : Vous faites campagne contre les Libéraux depuis des années, et pour beaucoup d’électeurs, les promesses commencent à se ressembler : taxe carbone, criminalité, énergie, investissements… En quoi êtes-vous vraiment différent maintenant ?

Pierre Poilievre : S’il y a des similitudes, la différence principale est la sincérité. J’ai dit la même chose depuis le début. Les Libéraux, eux, copient vaguement certaines de mes idées ces derniers mois pour faire croire aux électeurs qu’ils obtiendront des politiques conservatrices en votant pour eux.

Prenez la taxe carbone : ils ne l’ont pas supprimée. Ils ont juste fait en sorte qu’elle ne soit plus visible à la pompe, par un simple décret réglementaire — qu’ils peuvent annuler après l’élection. La loi est toujours là. Et ils ont clairement dit qu’ils voulaient augmenter cette taxe pour l’industrie canadienne, ce qui serait désastreux, surtout en pleine guerre commerciale avec notre principal partenaire commercial, les États-Unis, qui eux n’ont pas de telle taxe.

Moi, je vais supprimer cette taxe pour tout le monde. Et pour de bon.

Prenons l’investissement. M. Carney veut garder la loi C-69 — la « loi anti-développement ». Tous les grands acteurs économiques disent qu’avec cette loi, il est impossible de construire une mine, un pipeline ou une usine de gaz naturel liquéfié. Rien ne se fera tant qu’elle existe.

Carney prétend vouloir accélérer les projets, mais quand on regarde les mesures concrètes nécessaires, il est contre chacune d’entre elles. Il veut garder C-69. Il refuse d’imposer un délai de six mois pour les permis. Il ne veut pas supprimer la taxe carbone industrielle. Il veut maintenir le plafonnement énergétique — une chose qui n’existe pas aux États-Unis. Moi, je veux m’en débarrasser.

Donc, sur le fond, les différences sont énormes. Mais côté marketing, il essaie d’emprunter mes mots pour donner l’illusion qu’il propose mes idées. En vérité, si les Libéraux sont réélus, les investissements vont continuer à fuir vers les États-Unis. On ne construira pas d’usines de GNL, pas de pipelines, pas de projets de souveraineté énergétique. Je veux libérer l’entreprise au Canada.

On peut le faire. On peut rapatrier notre argent. On peut devenir le pays le plus rapide de l’OCDE pour obtenir des permis de construire. On peut réduire les taxes sur l’investissement.

Une idée que vos auditeurs trouveront peut-être intéressante : je veux créer ce que j’appelle la déduction canadienne pour réinvestissement. Zéro impôt sur les gains en capital si l’argent est réinvesti au Canada.

Donc si vous construisez des logements, ouvrez une entreprise, achetez une machine CNC, une imprimante 3D, un tapis roulant de production, ici même au pays — vous obtenez un report d’impôt. Mais si vous retirez l’argent du Canada, vous ne l’avez pas.

Imaginez un entrepreneur qui vend son entreprise après 40 ans. Aujourd’hui, il n’a aucun incitatif à garder son argent ici. Ce que je propose lui donne un immense avantage fiscal s’il réinvestit au Canada. Cela permettrait aussi aux entreprises ayant des fonds à l’étranger de les rapatrier sans impôt.

Je pense que ce serait du véritable carburant pour notre économie.

Shane Parrish : Parlons un peu de l’économie. Quand je discute avec des gens plus âgés ou qui travaillent dans le gouvernement, ils ne comprennent pas toujours comment les ressources naturelles sont liées à notre économie. Alors, comment crée-t-on de la valeur économique en tant que pays, et comment cela se traduit-il en une vie meilleure pour tous les Canadiens ? Comment l’expliqueriez-vous simplement ?

Pierre Poilievre : Si vous ne travaillez pas dans le secteur des ressources naturelles, vous pourriez vous dire : pourquoi cela devrait-il m’intéresser ?

La réponse est d’abord que c’est notre plus grand secteur d’exportation. Donc, quand on vend davantage de nos matières premières — ou mieux encore, de produits transformés —, cela fait grimper la valeur de notre dollar. Ce qui veut dire plus de pouvoir d’achat pour nous tous, et donc une meilleure qualité de vie.

Ensuite, ces entreprises de ressources paient d’énormes montants d’impôts. Donc, quand elles sont en pleine activité, cela signifie que vos enfants, une fois diplômés, auront moins à payer pour les routes, les hôpitaux, les écoles — car ce sera payé par ce secteur florissant. Et n’oublions pas tous les employés de ces entreprises : eux aussi paient des impôts, consomment dans les restaurants locaux, participent à l’économie.

Sans notre économie basée sur les ressources, nous serions ruinés. Et c’est exactement ce qui est en train d’arriver, lentement mais sûrement — comme une grenouille dans une casserole qui chauffe petit à petit. Chaque année, on s’appauvrit davantage. Mais on peut renverser cette tendance quand on le veut.

Le déclin est un choix. Ce n’est pas le mien. Moi, je choisis de libérer la puissance de nos ressources. Rendre le Canada le pays le plus rapide au monde pour obtenir des permis. Offrir aux Premières Nations une part des redevances générées par ces projets. Et former 350 000 jeunes pour occuper ces emplois spécialisés. Des emplois extraordinaires.

Souvent, on voit un gars avec un casque et des bottes de travail, et on se dit qu’il gagne peut-être 30 000 ou 40 000 $ par an. Mais ces emplois peuvent rapporter 200 000 ou 300 000 $ par an. Alors, formons les jeunes pour qu’ils les occupent. Et on pourrait devenir le pays le plus riche du monde.

Shane Parrish : Pensez-vous qu’on pourrait un jour en arriver à éliminer l’impôt sur le revenu si on libérait vraiment tout notre potentiel en ressources naturelles ?

Pierre Poilievre : Après tout, l’impôt sur le revenu devait être temporaire, pour financer la Première Guerre mondiale. On voit ce que ça a donné !

Je ne peux pas promettre son abolition. Même si ce serait un bon coup médiatique. Mais je peux promettre qu’on baissera cet impôt. Je dis toujours que l’impôt sur le revenu, c’est l’amende qu’on paie pour le crime d’avoir travaillé fort.

Chaque fois que vous faites un effort supplémentaire, vous êtes punis.

Je m’engage donc à réduire l’impôt sur le revenu de 15 % pour les travailleurs moyens et certains retraités. Et si les finances du pays le permettent, j’aimerais le baisser encore plus.

Shane Parrish : L’une des différences entre vous et votre adversaire, M. Carney, est que vous avez dit non au Forum économique mondial (WEF), tandis que lui y est fortement impliqué. Pourquoi avez-vous une position aussi ferme à ce sujet, et en quoi cela concerne-t-il les Canadiens au quotidien ?

Pierre Poilievre : C’est une organisation qui incarne une mentalité très centralisatrice. Je ne crois pas aux décisions imposées d’en haut. Je ne crois pas qu’un groupe d’experts globe-trotteurs puisse nous dire comment vivre nos vies — décider quels secteurs économiques doivent croître ou disparaître, quelles voitures on doit conduire, quels mots on doit employer ou comment on doit dépenser notre argent.

Moi, je crois au pouvoir de décision décentralisé, à la liberté individuelle. Les gens doivent pouvoir tracer leur propre chemin.

Et vous savez, j’ai été en politique longtemps. J’ai rencontré beaucoup de ces gens dits « élites ». Je leur parle, je leur pose des questions… puis je retourne dans ma circonscription et je parle à des camionneurs, des mécaniciens, des agriculteurs. Et franchement, ces derniers sont plus intelligents. Ils n’utilisent peut-être pas un langage sophistiqué, mais quand on leur pose des questions concrètes, ils comprennent mieux la réalité.

Prenez M. Carney : en 2021, il disait qu’il n’y aurait pas d’inflation, qu’on devait même imprimer plus d’argent. Il avait totalement tort. Une erreur monumentale, avec de lourdes conséquences humaines. Pendant ce temps, dans ma circonscription, quand la Banque centrale a commencé l’assouplissement quantitatif, des agriculteurs et des petits commerçants me disaient : « Il va y avoir de l’inflation. »

Alors, comment se fait-il que des gens qui ne participent pas à des conférences internationales aient mieux anticipé l’économie que les experts ? Ça en dit long.

Nous avons besoin d’un gouvernement humble, qui laisse aux gens leur argent, leur liberté, leur pouvoir de décision. C’est ma philosophie. Et je crois dans les gens ordinaires.

Shane Parrish : Quand vous dites cela, beaucoup entendent peut-être : « Il va couper dans les services publics », ce qui nuirait aux familles à faibles revenus. Pouvez-vous expliquer comment une approche de libre marché pourrait soutenir l’économie tout en protégeant les plus vulnérables ?

Pierre Poilievre : Pour moi, ces deux choses ne sont pas en opposition.

D’abord, je vais protéger le filet de sécurité sociale, surtout pour les plus vulnérables. Mais au-delà de ce filet, quand l’État devient trop gros, il ne profite plus aux personnes à faibles revenus. Il commence à transférer massivement la richesse de la classe ouvrière vers les ultra-riches.

Je dis souvent que Robin des Bois a été kidnappé. Il combattait les impôts injustes. Il ne se battait pas pour que l’État prenne l’argent des travailleurs et le donne aux aristocrates — ce qu’on voit de plus en plus aujourd’hui.

Par exemple, le gouvernement dépense 21 milliards de dollars en consultants — deux fois plus qu’il y a dix ans. Et ces consultants, ce ne sont pas des serveuses ou des soudeurs. Ce sont des professionnels très bien payés, souvent engagés pour des travaux sans réelle valeur.

21 milliards, c’est environ 1 400 $ par famille canadienne.

Regardez ce qui s’est passé avec l’impression massive d’argent ces quatre dernières années : elle a anéanti les plus pauvres. Le taux de pauvreté a augmenté. Maintenant, un quart des Canadiens vivent sous le seuil de pauvreté. Les files aux banques alimentaires ont doublé. Un enfant sur quatre va à l’école sans avoir assez mangé.

Quand le gouvernement dépense de l’argent qu’il n’a pas, cela génère de l’inflation. Et ce sont toujours les plus pauvres qui en souffrent le plus. Les riches, eux, sont protégés, voire bénéficiaires de l’inflation.

Le PDG de Brookfield — je crois que vous l’avez reçu dans votre émission — a dit que l’inflation était bénéfique pour eux, car ils peuvent augmenter les loyers et la valeur de leurs actifs.

C’est un transfert massif de richesse, des « have-nots » vers les « have-yachts ».

Donc, ce que je propose, c’est de créer des opportunités : de la mobilité ascendante. En protégeant la valeur de l’argent, en baissant les impôts sur les travailleurs, en accélérant les permis de construire.

Aujourd’hui, les obstacles à la construction sont bons pour ceux qui possèdent un manoir, car leur bien devient plus rare et donc plus précieux. Mais ils sont catastrophiques pour les jeunes travailleurs ou les nouveaux arrivants qui rêvent de devenir propriétaires.

La pauvreté actuelle ne vient pas d’un manque d’aides gouvernementales. Elle vient du fait que l’État agit activement contre les plus vulnérables.

Quand je parle d’un modèle « de bas en haut », je parle d’aider les travailleurs, les personnes en difficulté, les nouveaux arrivants, à réaliser leurs rêves — en leur donnant les moyens, pas des obstacles.

Shane Parrish : L’une des choses qui me semble différente entre mon enfance et aujourd’hui, c’est qu’avant, on ressentait une plus grande égalité des chances. Pas nécessairement une égalité des résultats, mais une vraie égalité des opportunités. J’avais l’impression que je pouvais tout faire, devenir n’importe qui. Et aujourd’hui, beaucoup de gens ne ressentent plus cela.

Pierre Poilievre : Je suis entièrement d’accord. Et c’est ça que j’appelle la promesse canadienne. L’idée que peu importe d’où tu pars, tu peux accomplir tout ce que tu veux. Tu peux passer de rien à tout au Canada.

Je parcours le pays, et j’entends constamment des histoires comme celle-ci : quelqu’un prend sa retraite à 65 ans, et il raconte qu’il est arrivé ici sans rien, et qu’il a tout bâti à la force de son travail. C’est ça, le rêve canadien.

J’ai un ami qui vivait dans la Petite Italie, juste à côté d’ici. Sa famille est arrivée ici sans le sou. Et ils ont réussi à payer une maison au centre-ville d’Ottawa en sept ans — avec le salaire du père dans la construction routière, et la mère qui préparait des sandwichs dans une maison de retraite. Ils faisaient pousser leurs légumes dans la cour.

Aujourd’hui, leurs petits-enfants, même avec un bon niveau d’éducation et une excellente maîtrise de l’anglais, ne pourraient même pas réunir une mise de fonds en sept ans.

Je veux ramener cet espoir, cette opportunité. Que toute personne honnête, qui travaille dur et suit les règles, puisse vivre une belle vie. C’est ça, le Canada.

Shane Parrish : Comment comptez-vous équilibrer le budget tout en assurant les services essentiels ? Et quel serait l’impact économique de passer d’un budget déficitaire à un budget équilibré ?

Pierre Poilievre : Deux questions là-dedans : comment équilibrer, et ensuite quel impact cela aurait.

Pour équilibrer, il faut d’abord arrêter la croissance des dépenses publiques. J’introduirais une loi stricte : toute nouvelle dépense doit être compensée par une économie équivalente.

Les États-Unis ont adopté une loi similaire dans les années 1990, sous Bill Clinton. Résultat : ils ont équilibré le budget, remboursé 400 milliards de dettes, et l’économie a explosé. Puis la loi a expiré en 2001… et les déficits sont revenus.

Comme l’a dit le grand économiste Thomas Sowell : « La première règle de l’économie, c’est la rareté. La première règle de la politique, c’est d’ignorer la première règle de l’économie. »

Les politiciens, par la nature de leur métier, ne vivent pas cette rareté. Ils la transfèrent au contribuable, à travers l’impression monétaire, les impôts, ou l’emprunt.

Mais si vous avez une loi qui force le gouvernement à faire des choix — à respecter cette rareté — cela introduit une discipline essentielle dans l’appareil d’État.

Je réduirais aussi la taille de la fonction publique par attrition. Chaque année, environ 17 000 fonctionnaires partent à la retraite. On n’a pas besoin de remplacer chacun d’eux.

On va également réduire les contrats de consultants. 20 milliards pour des consultants ? Alors même que la fonction publique a augmenté de 50 % ? Ce n’est pas logique. Pourquoi paye-t-on deux fois pour faire le même travail ?

Je réduirai aussi l’aide étrangère. On ne devrait pas envoyer 7 ou 8 milliards à l’étranger alors qu’on n’arrive même pas à fournir de l’eau potable dans certaines communautés autochtones ici.

Et on ne donnera pas d’argent aux multinationales sous forme de subventions déguisées.

Voilà quelques mesures concrètes.

Quant à l’impact d’un budget équilibré : d’abord, cela réduit l’inflation. L’inflation est un voleur silencieux, qui apparaît quand l’État dépense plus qu’il ne reçoit. Plus d’argent en circulation, pour moins de biens.

C’est ce qui détruit peu à peu le pouvoir d’achat des travailleurs. Et la seule façon d’arrêter l’inflation, c’est d’arrêter les déficits qui la provoquent.

Shane Parrish : J’ai une théorie — corrigez-moi si je me trompe — selon laquelle le Canada ne peut pas se contenter d’être à égalité avec les États-Unis pour attirer des investissements. Il doit être meilleur. Vu l’incertitude actuelle aux États-Unis, c’est peut-être une opportunité pour nous. Quelles étapes pouvons-nous suivre pour devenir le pays préféré des entreprises lorsqu’elles cherchent à s’implanter quelque part ?

Pierre Poilievre : Excellente question. Wilfrid Laurier, il y a un siècle, disait déjà qu’il fallait avoir une fiscalité plus basse que les Américains pour pouvoir rivaliser avec eux. Ils ont des économies d’échelle énormes, donc on doit être plus compétitifs.

Le principe est simple : le capital va là où il fructifie le mieux.

Si le rendement sur investissement est meilleur aux États-Unis, alors les capitaux s’y dirigent.

C’est exactement ce qui s’est passé ces dix dernières années. Il y a eu une fuite nette de 500 milliards de dollars d’investissement vers les États-Unis depuis le Canada. Cela vient en partie du fait que nos impôts sont très élevés. Le Canada est un bon endroit pour prendre de l’argent, mais pas pour en gagner.

On peut obtenir beaucoup de subventions pour faire de la recherche, mais dès qu’une entreprise devient rentable, elle veut déclarer ses profits ailleurs.

Autre problème : il est extrêmement lent de faire avancer quoi que ce soit au Canada. Nous avons le deuxième processus de permis le plus lent de l’OCDE. Il faut 17 ans pour obtenir l’approbation d’une mine. Il faut trois fois plus de temps pour approuver un projet résidentiel ici qu’au Royaume-Uni ou aux États-Unis.

Un entrepreneur de la Colombie-Britannique m’a raconté qu’il a mis sept ans pour faire approuver un petit centre commercial. Il est allé à Dallas : le maire l’a accueilli à l’aéroport, ils ont discuté autour d’une table, et sept semaines plus tard, il avait son permis.

À votre avis, où a-t-il construit son prochain centre ? Ce n’est pas en C.-B., c’est sûr.

Donc, quelles solutions ? Nous devons réunir les trois paliers de gouvernement et viser à devenir le pays le plus rapide du monde développé pour délivrer des permis. On peut protéger l’environnement et la sécurité publique sans que ça prenne huit ans.

Je vais inciter les municipalités à accélérer les permis pour la construction de logements. On va aussi supprimer les lois anti-développement, comme C-69 et C-48, pour approuver rapidement de grands projets dans les ressources naturelles, les centrales nucléaires, les centres de données et les stations d’électricité nécessaires pour les alimenter.

Je veux que le Canada devienne l’endroit le plus rapide pour faire avancer les choses.

Autre idée : créer des zones prêtes à construire. On y ferait toutes les analyses environnementales à l’avance. Ensuite, on publierait les normes et les exigences, et les entreprises pourraient s’y conformer directement. Et — voilà — le permis serait déjà prêt. Pas besoin de faire une demande. C’est un permis pré-approuvé et juridiquement valide.

Shane Parrish : Donc, aucun risque ?

Pierre Poilievre : Aucun risque. L’investisseur n’a pas besoin de mobiliser ses capitaux pendant sept ans, avec des avocats, des consultants, des lobbyistes… juste pour finir par recevoir un « non ».

Si le « oui » est donné dès le départ, avec des conditions claires, le problème est réglé.

Et bien sûr, on réduira les impôts sur l’investissement, l’énergie, le travail et la construction de logements pour garantir un excellent rendement ici, au Canada.

Shane Parrish : Vous avez mentionné la réglementation. Il semble que celle-ci ne fait qu’augmenter. Il y a comme une entropie naturelle : les règlements s’empilent, mais on n’en supprime jamais. Est-ce que votre gouvernement envisage une politique du type « pour chaque nouveau règlement, on en élimine cinq ou dix » ?

Pierre Poilievre : C’est une bonne idée. Moi, je propose un ratio de deux pour un. Donc, pour chaque nouveau règlement, on en supprime deux. Mais cela vient après une réduction initiale de 25 % de la masse réglementaire existante.

Et ce processus serait supervisé par le vérificateur général, pas par le gouvernement lui-même.

C’est important, car actuellement, il existe déjà une règle un pour un. Mais ce que le gouvernement fait, c’est qu’il conserve les titres de règlements, et ajoute plus de contenu à l’intérieur de chacun. Résultat : le nombre de règlements semble stable, mais la complexité et le coût de conformité explosent.

Si on ne fait pas un audit indépendant de la charge réelle — pas seulement du nombre de règles, mais aussi de leur coût de mise en œuvre — on ne réduira jamais vraiment la bureaucratie.

Toute structure vivante cherche à survivre et à se multiplier. C’est la première loi de la nature. Les bureaucraties ne sont pas différentes. Elles se créent, puis elles s’étendent. Elles grandissent.

Et en toutes mes années au comité des finances, jamais une agence ne m’a dit : « On a réglé le problème pour lequel on a été créés. Vous pouvez nous fermer. » Jamais.

Elles reviennent toujours en disant : « Le problème est pire que jamais. Donnez-nous deux fois plus de budget. » Et on finit par récompenser l’échec.

Il faut donc des limites strictes et obligatoires à leur croissance.

Quand nous étions au pouvoir lors de la crise économique, il fallait faire avancer les projets rapidement. Notre ministre de l’Infrastructure a dit aux fonctionnaires : « Les formulaires doivent tenir sur une page. » Les fonctionnaires ont résisté, mais ils ont fini par le faire.

Il a aussi exigé une seule évaluation environnementale par projet. On lui a prédit des catastrophes — disparition d’espèces, destruction d’écosystèmes — mais ils ont fini par se plier.

Résultat ? 23 500 projets ont été réalisés, du concept à la fin des travaux, en deux ans. Et le commissaire à l’environnement — un agent indépendant — a tout revu et n’a trouvé aucun impact environnemental négatif.

Cela montre que tous ces formulaires supplémentaires, toutes ces autres évaluations, ne servaient à rien — sauf à donner du travail à des consultants et à des bureaucrates.

Mais ce n’est pas ce dont on a besoin. On a besoin que les projets se réalisent.

Alors comme le disait Bob Stanfield : « Arrêtons de tout arrêter, et commençons à commencer. »

Shane Parrish : Pourquoi dit-on toujours non par défaut ?

Pierre Poilievre : Parce que c’est plus sûr, en surface. Si on dit non, rien de grave ne semble se produire tout de suite. Mais ce qu’on ne voit pas, ce sont toutes les choses extraordinaires qui auraient pu exister… mais n’ont jamais vu le jour.

Dire non est la solution facile. Dire oui, ça demande de l’audace.

Shane Parrish : L’économie canadienne crée moins de valeur par travailleur que l’économie américaine. Et l’écart s’est élargi de façon significative au cours des dix dernières années. La plupart des gens ne comprennent pas bien ce que cela signifie dans leur vie quotidienne. Alors, qu’est-ce que ce « déficit de productivité » et pourquoi cela devrait-il importer aux Canadiens ordinaires ?

Pierre Poilievre : La productivité, c’est un concept très simple. Les gens décrochent quand ils entendent ce mot, mais ça se calcule facilement : c’est le PIB d’un pays divisé par le nombre total d’heures travaillées.

Aujourd’hui, chaque heure de travail au Canada génère 53 dollars US de valeur. Aux États-Unis, c’est 78 dollars. Ils produisent presque 50 % de plus de valeur que nous pour chaque heure travaillée.

Et pourtant, je dirais que nos travailleurs sont meilleurs. Alors pourquoi ce décalage ? Parce que les Américains ont plus d’outils et de technologies à leur disposition.

On le voit en regardant un autre chiffre : l’investissement par travailleur. Au Canada, c’est 15 000 $ par an. Aux États-Unis, c’est 28 000 $. On est aussi en dessous de la moyenne de l’OCDE. Pour chaque dollar investi dans un travailleur moyen de l’OCDE, nous, on n’investit que 65 cents.

Nos travailleurs sont privés de capital : pas assez de machines CNC, pas assez d’équipement lourd, pas assez d’usines ou d’installations qui permettent de produire plus.

Et pourquoi cela ? Encore une fois, ça revient à deux problèmes majeurs : des impôts trop élevés et des permis beaucoup trop lents.

Ce pays n’est pas un endroit où l’on peut faire avancer les choses facilement. Et quand on y arrive, on est pénalisé.

En supprimant ces pénalités et en rendant l’investissement plus rentable, avec un processus rapide et un environnement fiscal compétitif, l’argent reviendra.

Et je crois qu’on pourrait redresser la situation très rapidement.

Mon grand-père est venu d’Irlande, il y a environ 60 ou 65 ans, parce que l’Irlande était alors très pauvre. Aujourd’hui, le PIB par habitant de l’Irlande est deux fois plus élevé que celui du Canada.

Pourquoi ? Parce qu’ils ont ouvert leur marché, réduit les impôts, délivré des permis rapidement, signé des accords de libre-échange. Et ils n’ont même pas nos ressources. Ils ne sont pas voisins des États-Unis. Ils ne devraient pas être plus riches que nous. Mais ils le sont.

Cela montre que quand on libère l’initiative privée, on peut augmenter de façon spectaculaire le niveau de vie… en très peu de temps.

Et c’est exactement ce que je crois que le Canada peut faire.

Shane Parrish : On devrait être le pays le plus riche du monde.

Pierre Poilievre : Absolument. Nous avons les troisièmes plus grandes réserves de pétrole, les cinquièmes de gaz naturel, nous sommes premiers en uranium, premiers en potasse, nous avons le plus long littoral océanique, l’eau douce la plus abondante, la cinquième plus grande surface agricole par habitant, les cinquièmes plus grandes réserves de lithium, et des rivières puissantes pour produire de l’hydroélectricité.

Nous avons tout ce qu’il faut.

Le Canada devrait être une corne d’abondance.

Et c’est ce qu’il deviendra.

Shane Parrish : J’aimerais parler de ce que tout le monde a en tête : les tarifs douaniers. Comment devons-nous réagir face aux États-Unis ? Le recours aux représailles, est-ce la bonne stratégie, surtout face à un partenaire commercial beaucoup plus grand ?

Pierre Poilievre : Oui, je pense qu’il faut riposter. Sinon, il n’y a aucun effet dissuasif. Le pays en faute — dans ce cas-ci, les États-Unis — doit savoir que s’en prendre au Canada aura un coût pour ses producteurs.

Donc, je pense qu’il faut imposer immédiatement des contre-tarifs. Ensuite, je proposerais au président américain un accord : gelons les tarifs pendant 100 à 120 jours, le temps de renégocier l’accord de libre-échange CUSMA. Pas de chaos, pas de volatilité des marchés. Un environnement stable.

Pendant cette période, on essaie de conclure une nouvelle entente. Et dans cette entente, j’exigerais : la fin permanente des tarifs, la protection de notre souveraineté.

Et les choses que j’offrirais en échange seraient réversibles immédiatement si le président rompait l’accord. Il faut avoir des leviers de négociation.

Par exemple, la majorité des Canadiens veulent déjà renforcer nos forces armées. On n’a pas besoin que Donald Trump nous le dise. Donc on pourrait dire aux Américains : « Plus vous faites de commerce avec nous, plus notre économie est forte, et plus nous pourrons investir dans la défense de notre continent commun. »

Et j’investirais cet argent dans la défense conjointe du Canada et des États-Unis, ce qui, je pense, est leur vraie priorité. Ils veulent qu’on fasse notre part, notamment dans l’Arctique.

Shane Parrish : … Ils ne veulent plus nous porter sur leurs épaules.

Pierre Poilievre : Exactement. Ils disent : « Faites votre part. » Et les Canadiens sont d’accord. Je pense que nos deux pays pourraient construire ensemble des équipements de défense bénéfiques pour nos économies respectives.

Mais encore une fois, les engagements doivent être réversibles immédiatement si l’autre partie les viole. Cela nous mettrait dans une position forte, pour conclure un bon accord — et surtout, pour garantir qu’il ne sera pas remis en question à la moindre élection.

Shane Parrish : Comment peut-on devenir moins dépendants des États-Unis, tout en restant leur partenaire ? On ne veut pas être dans une situation où quelqu’un peut couper notre économie comme on ferme un robinet.

Pierre Poilievre : Et c’est exactement là où nous en sommes aujourd’hui. Il faut construire des pipelines, absolument.

Notre plus grande exportation, de loin, c’est le pétrole et le gaz. Et pourtant, 100 % de notre gaz et environ 95 % de notre pétrole partent vers les États-Unis. Pourquoi ? Parce qu’on n’a aucun accès aux océans pour l’exporter ailleurs.

Nous avons un pipeline qui commence à fonctionner vers l’Ouest, mais une partie du pétrole va… en Californie ! On a besoin de pipelines vers l’Ouest, vers le Nord, vers la Baie d’Hudson, vers l’Est.

Je veux créer un corridor énergétique national, avec des zones pré-approuvées pour les pipelines.

Ensuite, il faut miser sur le gaz naturel liquéfié (GNL). On est le cinquième plus grand producteur, mais on le vend à 4 $ aux Américains, alors qu’on pourrait le vendre à 14 $ aux Européens.

Et on a trois énormes avantages sur les Américains :

  1. Notre climat froid : il coûte 25 % moins cher de liquéfier le gaz ici.


  2. La proximité de l’Asie : seulement 11 jours de transport maritime depuis la Colombie-Britannique (contre 20 jours depuis le golfe du Mexique).


  3. Notre électricité propre : nous avons de l’hydroélectricité en abondance, contrairement aux États-Unis qui manquent déjà d’énergie.


Le plus grand projet d’infrastructure de l’histoire du Canada, c’est LNG Canada en C.-B. : 40 milliards de dollars. Approuvé par Harper, facilité par le chef autochtone Ellis Ross — qui est mon candidat dans la région.

Mais à côté de ça, il y avait 18 autres projets en 2015. Tous ont été bloqués.

Les Squamish, une Première Nation, ont attendu 14 ans pour faire approuver leur projet — un projet mené par des Autochtones ! C’est inacceptable.

Il faut approuver ce genre de projets en quelques mois, pas en 10 ou 15 ans.

Les Premières Nations côtières pourraient devenir les peuples les plus riches au monde, en exportant notre gaz.

Et dans l’Est, on pourrait faire la même chose, à partir du Saguenay, de Terre-Neuve, ou des Maritimes. Et contourner les Américains si nécessaire.

S’ils ne veulent pas notre gaz ? Très bien. On le vendra aux Européens et aux Asiatiques — et on gagnera beaucoup plus d’argent.

Shane Parrish : Comment l’absence de libre-échange entre les provinces nuit-elle aux Canadiens ?

Pierre Poilievre : Cela entraîne des prix plus élevés et des salaires plus bas. Les biens coûtent plus cher parce qu’il y a trop d’obstacles, et les salaires stagnent car on produit moins de richesse.

Prenons l’exemple du secteur du transport routier : les règlements ne sont pas harmonisés à travers le pays. Si vous traversez la frontière entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, il y a une différence dans les limites de poids autorisées. Ce genre de détails complique la libre circulation des marchandises. Comment peut-on parler de libre-échange dans ce pays ?

Et les pipelines bloqués sont un autre exemple de barrières commerciales internes. Il faut les éliminer.

Je suis déterminé à m’asseoir avec les provinces et leur dire : faisons un marché. On peut calculer combien le PIB augmente à chaque fois qu’une province supprime un obstacle au commerce. Cela entraîne une augmentation des recettes fédérales. Eh bien, je suis prêt à donner cette augmentation de revenus à la province concernée.

Donc, si par exemple la Saskatchewan décide de supprimer ses barrières et de permettre un libre-échange total avec les autres provinces, on évaluera ensemble l’impact économique. Et on reversera à la Saskatchewan la part supplémentaire des revenus fédéraux liée à cette croissance.

C’est un incitatif puissant pour que les provinces fassent tomber leurs barrières.

Shane Parrish : J’aime beaucoup cette idée. C’est une approche incitative, pas punitive.

Pierre Poilievre : Merci !

Shane Parrish : Je veux revenir un instant sur Trump et les tarifs. Vu de l’extérieur, on dirait qu’il essaie surtout de ralentir la montée en puissance de la Chine, ou du moins de rétablir l’équilibre avec elle. Mais dans tout ce que vous avez dit, vous n’avez pas mentionné la Chine. Pourquoi ?

Pierre Poilievre : Il faut s’opposer à l’ingérence chinoise au Canada, qu’elle soit politique, économique ou technologique. On doit aussi empêcher la Chine de s’impliquer dans nos eaux arctiques, notre ciel, nos terres.

Nous devons protéger notre souveraineté, renforcer notre défense nationale, et diversifier notre économie pour ne pas dépendre d’un régime autoritaire.

Si on doit choisir entre Pékin et Washington, bien sûr, on choisit les États-Unis. C’est notre plus proche voisin et la plus grande puissance économique et militaire de l’histoire moderne. Jusqu’à récemment, ils étaient très amicaux envers nous.

Malgré les tarifs malavisés du président, nous avons besoin d’une relation forte avec eux.

Ce que je dirais aux Américains, c’est : « Si vous voulez vous renforcer face à la Chine, ne vous mettez pas à dos le Canada. » Qu’est-ce que ça leur apporte d’isoler ou d’humilier le Canada ?

Au contraire, ils devraient renforcer notre accès à leur marché, et travailler avec nous. Car les tarifs de Trump ont affaibli à la fois le Canada et les États-Unis, et donc renforcé la Chine.

Donc, ce que je propose, c’est une approche coopérative mais ferme : comment, en tant que continent nord-américain, peut-on devenir plus forts face à la Chine ? Cela passe par la suppression des tarifs absurdes, le respect de notre souveraineté, et une collaboration militaire.

Shane Parrish : Parlons un peu des médias. C’est un sujet important pour vous, et beaucoup ne comprennent pas bien ce qui se passe. Beaucoup de médias canadiens sont partiellement financés par le gouvernement, que ce soit par le Fonds du Canada pour les périodiques, des subventions salariales pour les journalistes, ou des achats publicitaires massifs de l’État. Il y a aussi des règlements qui limitent la concurrence. Tout cela soulève des inquiétudes sur l’indépendance éditoriale. Comment garantir qu’un journaliste puisse tenir tête à tous les politiciens, vous y compris, tout en maintenant une presse libre et diversifiée ?

Pierre Poilievre : D’abord, il faut défendre la liberté d’expression. Je vais abroger la loi C-11, cette loi de censure qui donne des pouvoirs extraordinaires au CRTC pour décider quel contenu est « canadien » et pour favoriser certains créateurs tout en pénalisant d’autres.

Cette loi permet une manipulation subtile du débat public au bénéfice du gouvernement. Je suis contre. Je veux l’abolir complètement.

Le gouvernement voit les médias numériques et les réseaux sociaux comme une menace. Moi, je les vois comme une opportunité.

Votre podcast, par exemple : vous n’auriez jamais pu faire ça il y a 30 ans sans investir des millions en studio, en équipement, en réseau de distribution, et en obtenant un accord avec une chaîne de télévision.

Aujourd’hui, vous avez une voix grâce à Internet et aux réseaux sociaux.

Le problème des médias traditionnels, ce n’est pas qu’il y a moins de lecteurs. C’est qu’il y a plus de concurrence. Il y a aujourd’hui plus de médias qu’il n’y en a jamais eu. Mais ce ne sont plus les mêmes.

Et ce n’est pas une mauvaise chose. Il faut ouvrir les rideaux et laisser entrer la lumière. Le rôle ultime de régulateur, c’est le lecteur, le spectateur, l’auditeur. C’est lui qui choisit.

Ça me fait penser à Frédéric Bastiat, le philosophe français. Il disait qu’il y a des gens qui croient qu’il faut interdire les fenêtres pour qu’on achète plus de chandelles. Le gouvernement agit comme ça. Il veut bloquer la lumière pour protéger l’ancien modèle.

Moi, je veux qu’on laisse entrer le soleil. Que chacun ait une voix.

Shane Parrish : Nous allons mettre cet entretien à la disposition de tous les médias canadiens qui voudront le publier.

Pierre Poilievre : Excellent.

Shane Parrish : Ils pourront le diffuser sur leurs plateformes.

Pierre Poilievre : J’adore cette idée.

Shane Parrish : Pensez-vous que votre position sur les médias fait que vous êtes moins bien couvert ? Si un candidat veut réduire les subventions, et un autre veut en donner plus… est-ce que ça influence la couverture ?

Pierre Poilievre : Oui, je pense que c’est un véritable problème.

Cela rend très difficile pour un média de faire un jugement objectif, surtout s’il sait quel politicien va lui donner plus d’argent.

Même inconsciemment, cela crée un biais, ou au moins une perception de partialité.

Les médias devraient être totalement indépendants du gouvernement. C’est la base d’une presse libre.

Shane Parrish : J’aimerais revenir à la liberté d’expression. Comment protéger la liberté d’expression à l’ère numérique, tout en luttant contre les contenus nuisibles en ligne ? Quel rôle, si rôle il y a, le gouvernement devrait-il jouer ?

Pierre Poilievre : Tout dépend de la définition de “contenu nuisible”.

Shane Parrish : Aux extrêmes, c’est assez clair. Si des gens marchent dans la rue en scandant « mort à tel groupe », c’est de la haine. Mais les théories du complot, par exemple, ne relèvent pas forcément du contenu nuisible. Mais ce que je pense, c’est que cette élection est peut-être la dernière où les médias traditionnels dirigent l’attention. La prochaine fois, ce sera peut-être les grands modèles de langage (LLM). Et si on commence à réguler la liberté d’expression, on finira par réguler ce que les LLM peuvent dire ou non. Et ce sera comme ça qu’on contrôlera la vérité.

Pierre Poilievre : Donc les grands modèles de langage deviendront la principale source d’information des gens…

Shane Parrish : Peut-être. C’est une hypothèse, bien sûr.

Pierre Poilievre : Vous imaginez s’ils remplaçaient même les politiciens ? (rires)

Shane Parrish : Pour certains, ce ne serait pas une mauvaise chose… vous êtes exclu de cette remarque bien sûr.

Pierre Poilievre : (rires) Merci. Cela dit, il y a déjà beaucoup d’intelligence artificielle en politique… juste pas du genre très “intelligent”.

Donc, pour revenir à votre question : quel rôle doit jouer le gouvernement dans la régulation de la parole ?

Je pense qu’il faut s’en tenir au Code criminel. Il interdit déjà l’incitation à la violence, à la haine et au génocide. Ces lois n’ont pas nui à la liberté d’expression.

Mais ce qu’on voit aujourd’hui — par exemple, les slogans antisémites dans les rues — ce n’est pas seulement de la liberté d’expression. C’est souvent le résultat d’une idéologie toxique, diffusée depuis les institutions : universités, ministères, et même subventions gouvernementales à des groupes extrémistes.

Ce ne sont pas simplement des gens ordinaires qui se réveillent haineux. C’est souvent imposé d’en haut.

Prenons un exemple : Lathmaruth, un homme qui a tenu des propos ignobles sur les Juifs — il a reçu une subvention pour un programme anti-racisme.

L’Université d’Ottawa a embauché comme professeur un homme qui avait commis un attentat terroriste à Paris.

Et dans certaines écoles, on pousse des jeunes à manifester contre Israël, dans des protestations haineuses.

Ce n’est pas de la parole spontanée. C’est une idéologie importée et diffusée par des institutions.

Donc je ne pense pas qu’il faille utiliser cela comme prétexte pour restreindre la parole politique légitime en ligne.

Shane Parrish : Parlons de la criminalité. On en a déjà touché un mot, mais… mes parents ont peur de sortir. C’est un pays très différent de celui dans lequel j’ai grandi. À 14 ans, je me promenais dans les rues la nuit, sans inquiétude. Je sortais en douce de chez moi, allais acheter un gâteau McCain, et je le mangeais en cachette.

Pierre Poilievre : (rires) Le rebelle ultime ! Un gâteau surgelé McCain. Maintenant, vos parents vont le découvrir.

Shane Parrish : Oui ! Mais aujourd’hui, ils ont peur. Il y a quelques mois, mes enfants et moi avons vu un homme uriner sur une voiture de police à un feu rouge. L’agent n’est même pas sorti de la voiture.

Pierre Poilievre : C’est ce que les policiers appellent “FIDO” : Forget It, Drive On — ou plus poliment : “laisse tomber, continue de rouler”. Ils ne trouvent plus que ça vaut la peine d’interpeller qui que ce soit.

Pourquoi ? Parce que les lois libérales de capture et de relâchement font que les criminels sont relâchés presque immédiatement. Prenez le projet de loi C-75, la loi libérale sur la libération sous caution. Elle oblige les juges à libérer les accusés le plus tôt possible et dans les conditions les moins contraignantes. C’est inscrit dans la loi.

En théorie, la libération sous caution est pour quelqu’un qui n’a jamais été accusé auparavant, qui mérite le bénéfice du doute. Mais aujourd’hui, on libère des gens ayant 60 ou 70 condamnations à leur actif.

À Vancouver, la police a dû arrêter les mêmes 40 individus plus de 6 000 fois. Chacun d’eux a été arrêté environ tous les deux jours — soit 150 fois par an. Ils les arrêtent, les amènent au poste, et avant même d’avoir fini la paperasse, le criminel est déjà relâché.

Il peut avoir 16 ou 17 chefs d’accusation en cours, et continuer à commettre des crimes.

Le problème, ce n’est pas qu’on a trop de criminels, c’est que ceux qu’on a sont extrêmement actifs. Si on retire ces 40 types de la rue, on évite 6 000 crimes. C’est énorme. Des commerces épargnés, des vies protégées.

Et puis il y a la détention à domicile. Le projet de loi C-5 permet à des criminels sérieux de purger leur peine dans leur salon. Ils peuvent sortir par la porte d’entrée et récidiver.

Les peines minimales obligatoires ont été supprimées pour des crimes comme le vol de banque, l’extorsion, ou la possession de drogues dures.

C’est cela, la cause de cette vague de criminalité. Et je vais tout renverser.

Je vais :

  • Abroger la loi de capture et relâchement (C-75).


  • Interdire la détention à domicile pour les crimes graves.


  • Instaurer une loi “trois frappes et c’est fini” : après trois condamnations pour crimes violents, vous devenez inéligible à la libération sous caution, à la libération conditionnelle, à la probation, ou à la détention à domicile.


  • Ces récidivistes purgeront un minimum de 10 ans et ne pourront sortir que s’ils l’ont mérité : comportement exemplaire, tests antidrogue réussis, acquisition d’un métier utile.


On va aussi :

  • Sécuriser nos frontières : plus de scanners de conteneurs, 2 000 agents supplémentaires à l’ASFC.


  • Traiter la toxicomanie : on offrira des soins à 50 000 personnes pour briser le cycle.


Je suis convaincu qu’on peut ramener la paix et la sécurité dans les rues du Canada.

Shane Parrish : Pensez-vous que la criminalité — ou plutôt, la toxicomanie qui y mène souvent — trouve son origine dans un manque d’opportunités ? Ou dans une perception d’injustice, d’absence d’avenir ?

Pierre Poilievre : Oui, je pense que c’est l’une des causes de la crise de la drogue. Et cette crise, elle mène ensuite à une explosion de crimes.

Imaginez que vous avez 34 ans, et que vous avez le sentiment de n’avoir aucun avenir : vous ne pouvez pas vous payer une maison, vous ne pouvez pas fonder une famille, vous êtes épuisé… La vie vous semble vide. Alors un soir, vous essayez un narcotique puissant. Et vous devenez accro.

C’est pour ça qu’on doit redonner de l’espoir à la jeunesse. Leur montrer que leurs efforts peuvent mener à une vie meilleure.

Shane Parrish : C’est intéressant que vous disiez : “tu essaies une fois”. L’autre jour, je suis passé avec mes enfants devant un centre d’injection supervisée. Et je leur ai dit : « Personne ne pense qu’il va devenir accro en commençant. »

Pierre Poilievre : Exactement. Et le fentanyl, c’est extrêmement dangereux. Deux milligrammes peuvent tuer une personne. Il suffit d’un moment de faiblesse : une fête, un verre de trop, on vous propose une pilule, vous la prenez… et vos poumons s’arrêtent.

Donc on doit arrêter le fentanyl, et le traitement est la meilleure solution.

La désintoxication fonctionne. C’est difficile, c’est douloureux, mais les histoires de réussite sont inspirantes. Et si on peut les multiplier, on peut vraiment changer les choses.

Je suis allé dans un centre de traitement à Moncton, et j’ai dit aux gars là-bas :

« Les politiciens viennent sûrement souvent ici en disant “je vais vous aider”.

Mais moi, je viens vous demander de l’aide à vous.

J’ai besoin que vous alliez mieux, pour pouvoir aider le prochain.

Tendez-lui la main, amenez-le ici. Et quand il sera rétabli,

qu’il fasse la même chose. C’est comme ça qu’on vaincra ce fléau. »

C’est ce que j’appelle un cycle vertueux, capable de ramener la paix dans nos rues.

Shane Parrish : Le système de santé est principalement une responsabilité provinciale, mais le gouvernement fédéral joue un rôle crucial via les transferts et les orientations générales. Comment collaboreriez-vous avec les provinces pour garantir un accès équitable et de qualité aux soins, partout au pays ?

Pierre Poilievre : Nous allons maintenir les transferts en santé. La hausse prévue du transfert canadien en matière de santé sera maintenue.

Mais au-delà de l’argent, il y a des réformes simples et peu coûteuses qui pourraient vraiment augmenter le nombre de médecins et d’infirmières disponibles.

Par exemple : il y a 20 000 médecins immigrants et 32 000 infirmières immigrantes au Canada… qui ne peuvent pas exercer, car leur diplôme étranger n’est pas reconnu. Ce n’est pas qu’ils sont incompétents — c’est juste que le système de reconnaissance prend des années.

Quand j’ai subi une chirurgie des yeux ici à Ottawa, le technicien m’a confié qu’il était chirurgien aux Émirats arabes unis. Il vit ici avec sa famille, mais doit voler là-bas pour opérer, puis revenir ici… où on lui interdit d’être plus qu’un technicien.

Et lors du suivi un an plus tard, j’ai mentionné cette histoire. Il m’a répondu : « On est cinq comme moi dans cette clinique. »

En Ontario, on dit qu’en cas de crise cardiaque, il vaut mieux appeler un Uber, car le conducteur est probablement médecin !

Shane Parrish : (rires)

Pierre Poilievre : Sérieusement. Donc la question n’est pas : “sont-ils compétents ?” — mais comment valider leurs compétences sans les faire attendre dix ans ?

Ma réponse : un examen national de licence, comme on le fait déjà pour les métiers spécialisés.

Depuis 72 ans, on a un standard national pour les métiers, administré par le gouvernement fédéral mais respectueux de la compétence provinciale — car il est volontaire.

Ce modèle pourrait permettre à :

  • Ces médecins et infirmiers formés à l’étranger d’être évalués rapidement ;


  • Les étudiants canadiens qui ont étudié à l’étranger (en Irlande, aux Caraïbes, aux États-Unis…) de revenir travailler ici.


C’est une solution peu coûteuse, mais qui pourrait transformer notre système de santé.

Shane Parrish : De nombreux électeurs s’inquiètent que le recours aux soins privés ou à un choix élargi vienne miner les principes de notre système universel de santé. Comment voyez-vous l’innovation ou la réforme dans ce domaine, et quelles garanties mettriez-vous en place pour assurer un accès équitable pour tous, peu importe le revenu ?

Pierre Poilievre : Nous allons protéger la Loi canadienne sur la santé, et veiller à ce que personne ne soit jamais privé de soins en raison de son incapacité à payer. C’est une valeur profondément canadienne.

Ce sont les provinces qui administrent les soins directement. Mais le pouvoir de dépense fédéral peut s’assurer que personne ne soit laissé pour compte. Il ne doit pas exister un système où un patient ne peut pas recevoir un traitement essentiel parce qu’il n’a pas les moyens de s’acheter une assurance privée.

Nous devons préserver ce système de santé universel, auquel nous tenons tous.

Cela dit, il faut éliminer certains des obstacles qui rendent le système trop bureaucratique. Par exemple, les médecins formés à l’étranger dont on a parlé. Il faut aussi accélérer l’approbation des médicaments.

Aujourd’hui, de nombreux traitements et médicaments sont disponibles aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Europe, mais pas encore ici parce que notre bureaucratie est trop lente. Il faudrait pouvoir reconnaître plus rapidement les traitements qui fonctionnent ailleurs dans des pays comparables.

Cela permettrait d’améliorer l’accès plus rapidement, sans avoir à dépenser des milliards.

Shane Parrish : Ce que vous dites s’applique aussi à d’autres domaines, pas seulement à la santé. Si un pays de confiance a déjà fait 100 % du travail, pourquoi ne pas nous en inspirer à 80 % pour aller plus vite ?

Pierre Poilievre : Exactement. On devrait voir ça beaucoup plus souvent.

Shane Parrish : Le contexte géopolitique évolue rapidement. Les dépenses en défense aussi. Mais l’armée de demain sera très différente de celle d’aujourd’hui. À quoi devrait ressembler une force militaire canadienne moderne et efficace ?

Pierre Poilievre : Il faudra investir dans l’intelligence artificielle, la robotique avancée, l’aviation de nouvelle génération, la technologie des drones. Je pense qu’il faut aussi renforcer la composante cyber de nos forces armées.

Les attaques du futur ne seront peut-être pas des débarquements sur nos côtes ou des avions avec pilote. Ce seront peut-être des maliciels qui coupent l’électricité à une ville entière, ou qui brouillent les registres bancaires, ou empêchent les Canadiens de recevoir leurs prestations.

On doit être capables de nous défendre contre ça. Et on devrait avoir les meilleures capacités de guerre et de défense cybernétique au monde pour protéger nos citoyens et nos alliés.

Mais c’est aussi une grande opportunité pour notre économie.

Prenez Israël, par exemple. Ils ont la conscription — ce que nous n’aurons jamais —, mais leurs jeunes entrent dans l’armée, apprennent des compétences technologiques de pointe, puis quittent l’armée pour lancer des entreprises. C’est ce qui fait d’eux une « nation start-up ».

Pourquoi ne pas faire pareil ? Offrir à nos cadets — même s’ils ne sont pas militaires — et à nos réservistes à l’université les meilleures formations en cybersécurité. Ainsi, quand ils quittent les forces, ils peuvent intégrer une banque, une entreprise ou un ministère pour protéger des réseaux informatiques.

Ce serait une façon de renforcer la défense nationale tout en créant une génération de jeunes hautement qualifiés.

Shane Parrish : En tant qu’ancien employé d’un de nos services de renseignement, je suis entièrement d’accord.

Pierre Poilievre : Ah, vous ne pouvez probablement pas en dire plus que ça.

Shane Parrish : On a d’excellentes personnes dans ces agences. Et dans certains domaines, on est à la fine pointe mondiale. Mais les Canadiens ont été élevés à ne pas parler de nos succès.

Pierre Poilievre : Pourquoi à votre avis ?

Shane Parrish : Je ne sais pas. Vous me le direz. Peut-être qu’on n’aime pas ceux qui se démarquent. On ne valorise pas assez les ambitions audacieuses. On est à l’aise avec la médaille de bronze, alors qu’on pourrait viser l’or.

Pierre Poilievre : Comment change-t-on cet état d’esprit, selon vous ?

Shane Parrish : Il faut célébrer nos réussites. Par exemple, mes enfants n’ont jamais entendu parler de Timothy Eaton ou de gens qui ont bâti de grandes entreprises. Ils n’apprennent pas ces histoires en classe. Ils apprennent une version édulcorée de l’économie, parfois teintée d’idéologie. Ils n’entendent pas parler de figures inspirantes comme Richard Feynman.

Pierre Poilievre : On va changer ça. Il faut raconter nos histoires, être fiers de notre passé. C’est ce qui nous unit.

Par exemple, je veux remettre nos héros dans le passeport canadien. Plus de suppression. Construisons de nouvelles statues. Je l’ai dit à des communautés autochtones récemment : honorons vos héros aussi. Ajoutons à notre histoire commune, au lieu de la démolir.

C’est comme ça qu’on unit un pays.

Shane Parrish : On devrait définitivement regarder vers l’arrière, mais aussi arrêter de culpabiliser les gens pour des événements passés qui ne changent rien à l’avenir.

Pierre Poilievre : Absolument. Et je pense qu’on doit dire à nos jeunes que les entrepreneurs sont des héros. Ce sont ces gens qui hypothèquent leur maison, qui ne dorment pas pendant des années, qui se battent avec 10 % de chances de succès… et qui finissent parfois par créer quelque chose de formidable.

Ces gens-là méritent une tape dans le dos — pas d’être traités comme des voleurs parce qu’ils ont réussi.

Shane Parrish : Avec l’intelligence artificielle et d’autres technologies émergentes qui transforment le marché de l’emploi et la vie privée, comment allez-vous équilibrer l’innovation avec la protection des travailleurs et des données personnelles ?

Pierre Poilievre : C’est une excellente question. D’abord, je pense qu’il faut rendre illégal l’usage non autorisé de l’image d’une personne dans des actes intimes. C’est vraiment révoltant ce qu’on peut voir avec l’IA générative : des gens recréés numériquement dans des scènes pornographiques, sans leur consentement.

On doit protéger les gens contre ça, et surtout nos enfants contre l’exploitation en ligne.

Mais en même temps, il faut s’assurer que le gouvernement n’abuse pas lui-même de ces nouvelles technologies. Certains disent : donnons tous les pouvoirs à l’État pour réguler l’IA, pour nous protéger.

Oui, mais si le gouvernement a ces pouvoirs, il peut aussi les utiliser à mauvais escient.

Donc il faut de la transparence. Le public doit savoir quelles règles sont imposées aux entreprises d’IA, quelles consignes leur sont données. Tout cela doit être public.

Pas de manipulation dans l’ombre.

Quand les règles sont claires, les citoyens peuvent juger si le gouvernement agit vraiment dans l’intérêt public — comme protéger leur fille contre une menace en ligne — ou s’il poursuit un agenda politique.

Et dans ce cas, les électeurs peuvent sanctionner cela dans les urnes.

La transparence est essentielle. La lumière du jour est le meilleur désinfectant.

Shane Parrish : Je n’ai pas de données concrètes, mais d’après ce que je vois autour de moi, la confiance dans le gouvernement semble être à un niveau historiquement bas, surtout après la pandémie. Pourquoi, selon vous ? Si on part de l’hypothèse que c’est vrai, qu’est-ce qui l’expliquerait ?

Pierre Poilievre : Je pense que c’est parce que le gouvernement promet toujours des choses extraordinaires… et que ça se traduit systématiquement par de la misère pour les gens qu’il est censé aider.

Regardez le logement : ils ont lancé un énorme programme il y a 10 ans, en disant que le gouvernement allait construire des logements abordables. Résultat ? Les prix ont doublé. Une génération entière ne peut plus accéder à la propriété.

Ils ont aussi dit : on va augmenter massivement les dépenses publiques, pour « aider ». Mais au final, seuls quelques privilégiés, souvent riches, bénéficient de cette aide. Et tout le monde d’autre reçoit… la facture.

Aujourd’hui, deux millions de personnes font la file dans les banques alimentaires. Un enfant sur quatre va à l’école le ventre vide.

Donc les gens voient bien que chaque fois qu’on leur dit : « Le gouvernement va faire quelque chose de formidable pour vous », en réalité, ils finissent par perdre.

Et ils se sentent floués. Ils se disent : je n’ai rien demandé, je ne reçois rien… et c’est pourtant moi qui paie.

Ce que j’essaie de faire, c’est de canaliser cette frustration vers une solution constructive. Dire aux Canadiens : on peut changer ça.

Arrêtons de croire que le gouvernement va tout faire à notre place. Parce que le gouvernement ne peut rien vous donner sans vous l’avoir d’abord pris.

Le gouvernement n’a pas d’argent propre. Il n’a que l’argent des contribuables.

Il faut donc un gouvernement qui revient à l’essentiel : faire moins de choses, mais les faire bien. Et ensuite, laisser les Canadiens construire leur vie, leur avenir, leur pays.

Shane Parrish : J’aimerais qu’on parle de changement climatique, parce qu’on ne l’a pas encore abordé. De nombreux Canadiens croient en l’action gouvernementale contre le réchauffement climatique. Mais j’aimerais poser une question un peu plus nuancée.

Dans un monde où un pays décide de lutter contre le changement climatique, pendant que d’autres peuvent choisir de ne rien faire, cela peut nous rendre moins compétitifs — surtout avec l’importance de nos ressources naturelles dans notre économie. Alors, comment comptez-vous faire en sorte que le Canada fasse sa part, tout en maintenant sa croissance économique et sa compétitivité mondiale ?

Pierre Poilievre : C’est une excellente question. Il faut tenir compte du phénomène de « fuite de carbone ». C’est-à-dire que lorsqu’on augmente les taxes et les contraintes sur les industries canadiennes, elles peuvent délocaliser dans des pays où la réglementation est plus laxiste… et au final, on a plus de pollution à l’échelle mondiale, et moins d’activité ici.

Et je crois que c’est exactement ce qu’on a vu depuis dix ans. Le gouvernement a augmenté les taxes sur l’investissement, sur l’énergie, sur les salaires. Et les entreprises se disent : « Pourquoi produire ici, alors qu’ailleurs c’est plus rentable ? »

Un exemple frappant : les tomates de SunTech, à Manotick. Ils doivent payer une taxe carbone sur le CO₂ qu’ils injectent dans leurs serres… même si ce CO₂ est absorbé par les plantes. C’est de la science de niveau primaire.

Résultat ? Les tomates mexicaines coûtent moins cher à Manotick que celles cultivées à Manotick.

Et ce n’est pas parce qu’elles sont moins polluantes. Elles ont été transportées par camion et train sur des milliers de kilomètres.

C’est un exemple parfait d’une politique climatique mal conçue : on pénalise la production locale, mais on ne réduit pas les émissions — on les exporte.

Je propose donc une réduction d’impôt pour les entreprises qui produisent avec de faibles émissions, ici au Canada.

Prenez l’usine Rio Tinto, au Saguenay : elle produit une tonne d’aluminium avec deux tonnes de carbone. En Chine, c’est quatorze tonnes de carbone pour une tonne d’aluminium.

Donc, en rapatriant cette production au Canada, on crée des emplois ici… et on réduit les émissions mondiales.

Mon approche, c’est ça : encourager les entreprises qui émettent peu, baisser les impôts pour elles, et faire revenir la production au pays. Ça profite à notre économie et à la planète.

Shane Parrish : Il me reste deux questions avant qu’on conclue. La première : quelle est, selon vous, la plus grande idée fausse que les gens se font de vous ?

Pierre Poilievre : Je pense que, comme je passe beaucoup de temps avec les gens qui souffrent le plus au Canada — ceux qui ne peuvent pas s’acheter une maison, dont l’entreprise est en train de faire faillite, qui n’arrivent pas à nourrir leurs enfants —, cela me touche profondément. Et parfois, ça ressort sous forme de colère.

Mais ce que les gens ne savent peut-être pas, c’est que cette colère vient d’un sentiment profond d’empathie pour les gens que je défends.

Mon défi maintenant, c’est de transformer cette empathie en espoir. Montrer aux Canadiens que j’ai une vision positive pour notre pays. Un avenir meilleur, plus lumineux, possible grâce au changement.

Je veux que les gens aillent voter non pas par colère, mais par espoir.

Shane Parrish : Habituellement, je demande à mes invités : « À quoi ressemble le succès pour vous ? » Mais dans votre cas, je vais reformuler. À quoi ressemblerait le succès pour le Canada, dans quatre ans, si vous êtes élu ?

Pierre Poilievre : Ce serait un pays où chaque enfant grandit en sachant qu’il peut accomplir tout ce qu’il veut.

Un endroit où les parents peuvent s’asseoir avec leurs enfants et leur dire : « Tu veux être astronaute ? Tu veux ouvrir ton entreprise ? Trouver le remède contre le cancer ? Ou juste avoir une maison avec un chien, deux enfants, et jouer au hockey dans l’entrée ? Tu peux tout faire, du moment que tu travailles fort. »

C’est ça, le pays que je veux. C’est ça, pour moi, le succès.

Shane Parrish : Est-ce qu’il y a un sujet que nous n’avons pas couvert et que vous aimeriez ajouter ?

Pierre Poilievre : Non, je crois qu’on a fait le tour.

Shane Parrish : C’était un très bon échange. Merci d’avoir pris le temps aujourd’hui.

Pierre Poilievre : Merci à vous. J’adore votre émission, et j’espère qu’on aura l’occasion de se reparler.

Shane Parrish : Avec plaisir.

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